Nous aussi, d’Anne Godard : une famille trop parfaite pour être honnête ?

Imaginez un immeuble haussmannien au cœur de Paris. Toute la famille y habite : les oncles, les tantes, les cousins, les frères et sœurs. Tout le monde sous le même toit, ou presque.

L’été, tout ce petit monde déménage dans une grande maison à la montagne. Grandes tablées, vacances, traditions. De l’extérieur, c’est la famille idéale. Cultivée, soudée, bien élevée. Celle qu’on admire.

Et pourtant, quelque chose cloche. Un drame éclate dans cette mécanique bien huilée. Que font les adultes ? Ils referment la brèche le plus vite possible. Le déni prend le relais.

Mais ce qui est enfoui finit par refaire surface : des souvenirs refoulés, des violences longtemps passées sous silence.

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Je m’arrête là pour ne rien vous gâcher. Voilà le terrain de jeu de Nous aussi, le troisième roman d’Anne Godard.

Le « on » : pourquoi ce roman vous met mal à l’aise

Voici le grand coup du livre : tout est raconté avec « on ». Personne ne dit « je ».

Les enfants parlent d’une seule voix. « On » vit ensemble, « on » se retrouve l’été, « on » fait partie du clan. Au début, c’est presque doux. Qui n’aimerait pas appartenir à un groupe aussi uni ?

Puis le malaise s’installe. Le « on » qui rassemble est aussi celui qui exclut. Celui qui ne rentre pas dans le moule n’a pas sa place. Petit à petit, le groupe avale les individus.

Et vous, vous êtes pris dedans. Vous voyez le monde avec les yeux de la famille, et cela rend la lecture très troublante.

Plus tard, l’une des filles, devenue adulte, se retrouve à l’écart du groupe. Le « on » se fissure alors, et une voix plus personnelle commence à percer. Quelqu’un voit enfin ce que le clan refusait de voir.

Petite anecdote : d’après une critique, le roman était d’abord écrit à la première personne. Anne Godard l’a entièrement repris pour passer au « on ». Ce pronom a donc été un vrai choix d’écriture.

Un style qui vous happe… ou qui vous épuise

Je préfère vous prévenir : l’écriture d’Anne Godard est exigeante. Elle est dense, presque sans pause. Les phrases s’enchaînent, les énumérations n’en finissent pas, les répétitions reviennent. On dirait une litanie.

Le ton reste froid et sobre, presque documentaire. L’autrice se contente de montrer les scènes, sans commentaire. À vous de réagir. Même les passages les plus durs sont racontés avec un calme qui glace.

Cette densité est voulue. Quand tous les personnages pensent en groupe, la langue pense en groupe aussi. L’effet est claustrophobe, exactement comme le clan.

Soyons honnêtes : certains lecteurs en ressortent saturés. D’autres parlent d’une lecture malaisante, voire éprouvante. Pour une lecture détente dans le métro, mieux vaut choisir un autre livre.

Faut-il lire Nous aussi ? Mon avis

Alors, on y va ou pas ? Tout dépend de ce que vous cherchez.

Lisez-le si vous aimez les romans qui osent une forme et qui vous bousculent. Si les histoires de famille, de secrets et de silence vous parlent. Et si une lecture qui vous met un peu mal à l’aise ne vous fait pas peur.

Passez votre chemin si vous voulez des personnages attachants dès la première page, un rythme rapide ou une écriture légère.

Mon conseil : testez les premières pages. Le « on » vous intrigue ? Foncez. Il vous agace ? Inutile de vous forcer.

Nous aussi en pratique

Nous aussi d’Anne Godard est paru en 2026 chez Actes Sud. Il compte 240 pages et figure dans la sélection du Goncourt 2026.

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